Aucune fausse note dans la partition du Passage

© musiquedeslumieres.ch

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L’Express du 5 mars 2014, Saskia Guye

Quel bonheur de vivre un opéra de Puccini à Neuchâtel!«Tosca» était donné samedi au théâtre du Passage devant une salle comble et émerveillée. Le public neuchâtelois a déjà eu l’immense bonheur d’entendre ces artistes dans un «Don Carlo» séduisant en 2012.

Amour, jalousie, politique, religion, passion, trahison. Avec une diva en prime, labelle et sanguine Tosca, incarnation de «LA» femme: séductrice, amoureuse et forcément jalouse. Furieuse, cruelle et désespérée. Deux heures de drame. En face d’elle, deux hommes que tout oppose: Scarpia, l’odieux chef de la police, est d’une cruauté rare mêlée de lubricité;Mario Cavaradossi, peintre et amant de Tosca, vit malgré lui une tragédie tant humaine que politique.

Au théâtre du Passage, les rôles principaux sont absolument superbes. Joanna Parisi possède les atouts d’une Tosca convaincante: son soprano riche développe des inflexions variées; les aigus sont puissants et cristallins, les moments intimes sont teintés d’un sens dramatique profond. Elle sait moduler sa voix au gré des émotions de son personnage. Son jeu d’actrice n’est pas en reste: tantôt séduisante, langoureuse, passionnée, elle passe par toutes les émotions de la colère et du désespoir.

Les Neuchâtelois connaissent bien Rubén Amoretti et l’apprécient à sa juste valeur. Il fait un Scarpia glaçant, cruel, manipulateur et débauché.
Son timbre sombre et son charisme font merveille dans ce rôle complexe. Orlando Niz campe un peintre tout de subtilité, de douceur et d’émotions. Les rôles secondaires sont distribués avec intelligence. Le choeur d’enfants, magnifiquement préparé, amène, l’espace d’un instant, joie et espièglerie.

Chacun évolue à son aise dans une mise en scène de Robert Bouvier limpide et efficace. Les lumières en demi-teintes reflètent la subtilité des différents protagonistes. Quant à l’orchestreMusique des lumières dirigé magistralement par Facundo Agudin, il séduit par le lyrisme de son jeu, plus romantique que dramatique.

Passionnément Faust

Patrice Neuenschwander / Ville de Neuchâtel

«Ah, je ris de me voir si belle en ce miroir!» La Castafiore exaspérait le capitaine Haddock en attaquant l’air des bijoux du Faust de Gounod dans un célèbre album de Tintin. En entendant Noémie Nadelmann chanter cet air au Passage, on comprend tout l’inculture de ce brave Karpock…

Cet opéra dans lequel Faust vend son âme au diable pour retrouver la jeunesse et Marguerite sacrifie sa vertu pour des colifichets a enchanté le public ce week-end et cela tient pour beaucoup à la qualité des solistes. Ruben Amoretti, vêtu de cuir et maquillé à la Stanley Kubrick dans Orange mécanique, est tout simplement parfait dans son rôle diabolique. Le miracle dans tout cela, c’est que l’on arrive (sans l’aide du démon) à monter de telles choses à Neuchâtel.

Tout le mérite en revient au choeur Lyrica qui a utilement collaboré avec le Passage et l’Ensemble symphonique de Neuchâtel. Alors, Marguerite, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ou… pas du tout? Passionnément, ne serait-ce que pour le rire sardonique de Méphistophétès qui glace les sangs longtemps encore après l’extinction des lumières…

 

Emouvante Petite Messe

DDC / L’express

Rossini ne se doutait certainement pas des abîmes  d’interrogation dans lesquels il allait jeter ses futurs interprètes lorsqu’il écrivit la Petite messe solennelle, version avec orchestre.

Musique sacrée ou opéra? Accompagné des ensembles Espace choral, Lyrica Neuchâtel, Opus chœeur de chambre et d’un quatuor vocal de haut vol, Facundo Agudin partait avec de superbes atouts. Le concert, samedi en l’église de Saignelégier, a procuré de grandes joies.

La Petite Messe solennelle est une partition brillante et l’orchestration, de la main même du compositeur, charme des bois et de la harpe, ne manque pas d’en faire ressortir l’aspect théâtral. La direction de Facundo Agudin, à la tête de l’Orchestre symphonique du Jura, n’est jamais frivole. Partagée entre les aspirations religieuses exigées par le sujet et l’écriture vocale, ce diable de compositeur ne pouvait pas s’empêcher de déployer ses ineffables mélodies. Ainsi libéré de ces considérations, l’auditeur n’a plus aucune arrière-pensée, la Petite messe solennelle est l’oeuvre d’un maître sûr de ses moyens.

La section chorale, très belles voix d’hommes, a tout l’éclat et la vaillance nécessaire à cette exécution. Le quatuor de solistes, particulièrement homogène, à l’écoute l’un de l’autre, atteint une grande élévation. Le «Quoniam» de Rubén Amoretti, basse, le «Domine Jesu» du ténor Andras Scheidegger sont impressionnants. On n’oubliera pas le «O salutaris hostie» de la soprano Svetlana Ignatovitch, ni le ton suppliant de Tanja Ariane Baumgartner, mezzo, dans l’«Agnus Dei».

Finalement l’ambiguïté entre les aspirations religieuses exigées par le sujet et l’écriture brillante de Rossini est fascinante. L’équilibre entre piété et couleurs est-il impossible à trouver? Facundo Agudin et ses partenaires y sont parvenus.

La musique sacrée de Rossini samedi soir à Saint-Aubin

DF/ L’Express, le 07.12.09

Samedi soir, au temple de Saint-Aubin, le choeur Lyrica de Neuchâtel a interprété la «Petite Messe solennelle» de Gioacchino Rossini. Cette oeuvre, écrite en 1863, souvent considérée comme le testament musical du compositeur, surprend par sa modernité et son audace.

Bien que fidèle à la structure du commun de la messe, Rossini ajoute à la forme sacrée des éléments de langage empruntés aussi bien à l’opéra, à la musique ancienne qu’à l’oratorio. Le mélange des genres, indiscutablement réussi, rend cette petite messe attachante et ô combien séduisante.

Facundo Agudín dirige avec précision et sobriété la trentaine de chanteurs, accompagnés par un quatuor de solistes et par deux instrumentistes, Birgit Frenk au piano et Ariane Franceschi à l’accordéon; l’accordéon dont le timbre évoque l’harmonium autant que le grand orgue lorsque les nuances s’intensifient.

Sur fond d’ostinato rythmique, la Messe s’ouvre sur un inquiétant Kyrie chanté avec ferveur par le chœur. Le Gloria laisse place ensuite aux solistes: la puissance des voix masculines (Ruben Amoretti, Martin Hostettler) répond à la lumière des voix de soprano et d’alto (Laurence Guillod, Patrizia Häusermann) qui, tour à tour, délivrent des mélodies chaleureuses aux contours colorés. Le retour de l’ensemble vocal révèle de beaux effets d’ensemble, des tutti généreux, en particulier dans le Credo et dans le Sanctus. Les voix unifiées portent bien le texte, en soulignent l’expression sacrée. Des lignes éclatantes jaillissent dans une atmosphère qui balance entre la joie et le drame.

Au final, une interprétation de qualité, avec le souci constant de respecter la singularité de cette œuvre originale. Le chœur donnera demain à 20h un dernier concert à la chapelle de Couvet.

Et si le tango n’était pas que…

DDC / l’Express, Février 2009


On pourrait dire qu’assister à un concert de l’Orchestre symphonique du Jura (OSJ), dirigé par Facundo Agudin, est une clé suffisante pour comprendre le ressort interne, la chaleur émotionnelle d’une œuvre, tant la ferveur et l’enthousiasme qui animent le chef et les musiciens est convaincante. Il convient cependant de s’arrêter plus particulièrement sur la Misa Tango de Luis Bacalov, compositeur de musiques de films capable de nouer des fils entre tous les genres. La Misa Tango a ému le nombreux public présent dimanche dernier au temple du Bas, à Neuchâtel.

Etrange rencontre que celle du tango et des textes de la messe. Une rencontre si improbable qu’elle en est fascinante. A peine commence-t-on à écouter le Kyrie («Seigneur, prends pitié») qu’on se sent pris à témoin. De l’atmosphère ensoleillée dispensée par l’orchestre et les choristes s’élève tout à coup, comme une supplication, le chant du bandonéon. Impressionnant. José Luis Betancor détient de la tradition un savoir-faire musical qui fait de lui un virtuose. Puis le Gloria, suivi d’un Credo très court, s’éclatera dans les rythmes multiples du Rio de la Plata et dans les voix de Ruben Amoretti, baryton-basse, et Amaya Dominguez mezzo soprano, l’un et l’autre capables de toutes les émotions.

Sanctus, Agnus, Luis Bacalov marie prodigieusement les sonorités orchestrales et vocales. Les choristes homogènes – Ensemble vocal de Villars-sur-Glâne, Opus chœur de chambre et Lyrica de Neuchâtel – s’entendent à fondre dans un même esprit le regard intérieur et le plaisir de l’instant musical.

Et saluons la flexibilité des instrumentistes, les cordes superbes de l’OSJ, très à l’aise dans les danses symphoniques de «West Side Story» de Léonard Bernstein. Le «Boléro» de Ravel et plusieurs bis ont clos ce concert haut en instants chaleureux.

Les vertus du tango révélées

DDC / l’Express, le 28.01.2009

Tango? On nous a servi de tout sous cette étiquette. Les voies empruntées par le tango au cours de son histoire sont aussi mystérieuses que celles du destin. Le tango a quitté désormais les faubourgs de Buenos Aires pour traduire l’âme de tout un pays. La «Misa tango» de Luis Bacalov, en première exécution dans la région sous l’égide de Musique des lumières, en révélera les vertus.

Né à Buenos Aires en 1933, Luis Bacalov place le tango, et ses dérivés rythmiques typiques du Rio de la Plata, sur une adaptation espagnole du texte latin de la messe. Il raccourcit le Credo afin d’en adapter l’esprit aux trois grandes religions monothéistes, précise-t-il. La «Misa tango» pour grand orchestre, chœur et solistes sera interprétée sous la direction de Facundo Agudin par l’Orchestre symphonique du Jura (OSJ), par l’Ensemble vocal de Villars-sur-Glâne, l’Opus chœur de chambre en collaboration avec le chœur Lyrica de Neuchâtel. Amaya Dominguez, mezzo-soprano, lauréate du prix Jeunes talents à Strasbourg en 2002, et Ruben Amoretti, baryton reconnu, seront les solistes de la «Misa tango».

Fondé par Facundo Agudin, composé de musiciens professionnels, l’OSJ existe depuis 2002. Sous l’impulsion de ce chef d’orchestre, l’ensemble a rapidement pris son envol, soutenu par la volonté de développement culturel et de communication des cantons du Jura et de Berne.

Au-delà de l’histoire de West Side Story, la partition de Leonard Bernstein compte de nombreuses musiques chorégraphiques. Le compositeur a imaginé une Suite symphonique développant ces rythmes dans une écriture orchestrale virtuose. On l’appréciera à la suite de la «Misa tango». Le «Boléro», œuvre parmi les plus connues de Ravel, ajoutera à l’attrait de ce concert. La pièce débute par un délicat solo de percussion, puis elle explore, l’une après l’autre, dans une répétition rythmique obsédante, toutes les couleurs instrumentales qui éclateront dans un grandiose final orchestral.

Un opéra enlevé avec mæstria

DDC / L’Express

Mojca Vederniak incarne le rôle titre avec ce qu’il faut de présence physique et vocale.
Theo Loosli, chef d’orchestre, et Gino Zamieri, metteur en scène, ont eu cette idée belle et efficace: réunir l’Orchestre symphonique neuchâtelois, le Théâtre populaire romand, le chœur Lyrica, un chœur d’enfants et des solistes autour de «Carmen», opéra de Georges Bizet. Le résultat, mercredi à l’Heure bleue à La Chaux-de-Fonds? Un mervilleux spectacle rendu avec une total mæstria par des interprètes inventifs et fiers de constituer une distribution quasiment neuchâteloise.
Le livret, adapté de la nouvelle de Prosper Mérimée captive par l’intensité de son déroulement dramatique. Si la veru ne triomphe pas, Carmen et Don José paient leur passion, l’une de sa vie, l’autre de sa liberté.
La «habanera» du début dévoile la fatalité que la bohémienne porte en elle. Tout ce que Carmen chante dans les deux premiers actes, sous l’apparnece du charme, est lourd de passion. Tout entier dans ses visions d’amour pour la gitane, le brigadier Don José vit son envoutement. Il se livre à l’ilusion qui marquera sa perte, tandis que le chant, conquérant, du toréador Escamillo, déjà faufile le drame. Et que dire des airs de Micaela, jeune paysanne innocente dans d’autres mises en scène? Gino Zampieri donne à ce personnage la puissance qui lui permettra d’affronter sa rivale.
La musique exalte le texte, lui donne sa profonde vérité. L’orchestration, sa coloration, son pouvoir de caractérisation ont été rendues par l’Orchestre symphonique neuchâtelois, cordes brillante, flûtes, bois et trompettes. La version avec séquences parlées, choisie par Thép Loosli, retient par sa théâtralité, par la transparence ainsi rendue à l’histoire.
Quel plaisir de voir et d’entendre des interprètes aussi crédibles physiquement que convaincants vocalement. De l’étincelant quatuor principal: Carmen (Mojca Vederniak, soprano), Don José (Luca Martin, ténor), Micaela (Brigitte Hool, soprano), Escamillo (Rubén, Amoretti, baryton), jusqu’aux amies de Carmen, (Moniques Volery, Laurence Guillod, sopranos), aux contrebandiers (Tobias Koenig, Alessandro Di  Cesare), aux officiers (Tiago Cordas, Pascal Marti), toute la distribution a été pareillement soignée. On n’oubliera pas l’effervescente «seguidilla» chez Lillas Pastia (François Matile, rôle parlé). On revève la classe du chœur Lyrica, préparé par Steve Muriset, la présence bigarrée du chœur d’enfants, entraîné par Pascale Bardet.
Il fallait céer une scénographie pour refléter les mouvements incessants des nombreux personnages. Luca Antonucci, inventeur d’univers oniriques, a su varier les vues de Séville éclatantes de soleil.

Entendu au Temple du Bas

SAG / L’Express

Des fracs, des grandes robes. Trois chanteurs superbes, le chœur Lyrica et l’Orchestre de chambre de Neuchâtel (OCN) placés sous la direction de Jean-Claude Fasel s’associaient, vendredi au Temple du Bas de Neuchâtel et hier à la Salle de musique de La Chaux-de-Fonds, pour deux soirées qui avaient des allures de concert de gala.
Dans un état de félicité extatique, Isabelle Mederi, soprano, charme lentement l’air de ne pas y toucher. Dans l’air de Gounod «Je veux vivre dans ce rêve», elle s’impose par son timbre plein et charnu; son aisance naturelle impressionne. Dans Puccini, le rêve s’est évanoui. Grand drame et sentiments exaltés, sa voix devient tragique et sensuelle. De noire vêtue, elle apparaît spectrale. Moqueur jusqu’au mépris, Bernard Richter, ténor, déconcerte. Les flic flac et les clic-clac de Keinzak résonnent dans la salle. Les sons claquent, portés par une diction parfaite et une voix d’une très grande richesse. Souverain, il habite la scène par son charisme et son élégance. Rubén Amoretti, baryton, s’amuse. Il aime se déplacer, jouer des situations. Expiègle et tendre, mais aussi menaçant. Personnage complexe. Son grain de voix envoûte. Son aisance séduit. Le choeur Lyrica possède une forte expressivité qui sied parfaitement à ce style de musique. Il est précis dans ses interventions. Ample et solennel dans «Tosca», il sait aussi être discret. Quant à l’OCN, il s’est montré très lyrique, souvent fin.
Un programme hétéroclite, et qui, néanmoins, a mis en valeur les qualités de chacun. On aimerait troquer les queues de pie contre des costumes de théâtre, mettre l’orchestre dans la fosse et assister à un opéra. On rêve de réentendre ces trois solistes, de faire bouger le chœur dans des décors, sous des lumières. D’ouvrir un grand rideau.

Une vocation de chœur lyrique

DBO / L’Express

L’association Lyrica se profile dans le paysage des chœurs neuchâtelois avec une première prestation. A découvrir ce week-end.

Un nouveau chœur tentera de se profiler sur la scène neuchâteloise avec un premier programme présenté vendredi à Neuchâtel puis dimanche à La Chaux-de-Fonds. Un programme lyrique intitulé «Désir d’opéra» et qui met à l’affiche des oeuvres de Bizet, Boito, Donizetti, Gounod, Mascagni, Mozart, Offenbach, Puccini et Verdi.

«Pour cette première prestation, nous avons choisi un répertoire assez large», commente Rubén Amoretti, directeur artistique de ce chœur Lyrica. Nous n’interprèterons pas seulement des airs, mais aussi de large extrais d’opéras tels que «Tosca» ou «La Traviata». Sans chef titulaire, le chœur a fait appel cette fois-ci à Jean-Claude Fasel qui, pour ce premier concert, dirigera l’Orchestre de chambre de Neuchâtel. Les choix ont bien sûr été effectués pour mettre en valeur le chœur, sans occulter pour autant le rôle des solistes: Rubén Amoretti, baryton, Isabella Mederi, soprano venue de New York, et Bernard Richter, ténor.

«Bernard l’Ermite a pris son envol sur les scènes internationales, à Paris, à Salzbourg, et je suis très heureux qu’on puisse le revoir ici, dans le canton de Neuchâtel«, se réjouit Rubén Amoretti. Présidée par Barbara Borer, l’association Lyrica a contracté son désir d’opéra au théâtre du Passage en 2002, lors des représentations de la «Traviata». «J’avais créé un choeur pour l’occasion et les chanteurs ont eu envie de poursuivre quelque chose ensemble«, précise le directeur artistique. Aujourd’hui, l’aventure rassemble 47 choristes de la région, qui visent un niveau artistique digne des professionnels.

Comme le nom du choeur l’indique, «il cherchera sa spécificité dans le répertoire lyrique, l’opéra surtout, avec une prédilection pour des oeuvres peu jouées telle le « Mefistofele » de Boito et d’autres compositions du répertoire italien connu sous le nom de vérisme. Il existe déjà pas mal de choeurs dans le canton, il vaut donc la peine de se démarquer». A terme, Rubén Amoretti souhaite que Lyrica acquiert une identité de chœur d’opéra, auquel les productions montées en terre neuchâteloise pourront faire appel.