Emouvante Petite Messe

DDC / L’express

Rossini ne se doutait certainement pas des abîmes  d’interrogation dans lesquels il allait jeter ses futurs interprètes lorsqu’il écrivit la Petite messe solennelle, version avec orchestre.

Musique sacrée ou opéra? Accompagné des ensembles Espace choral, Lyrica Neuchâtel, Opus chœeur de chambre et d’un quatuor vocal de haut vol, Facundo Agudin partait avec de superbes atouts. Le concert, samedi en l’église de Saignelégier, a procuré de grandes joies.

La Petite Messe solennelle est une partition brillante et l’orchestration, de la main même du compositeur, charme des bois et de la harpe, ne manque pas d’en faire ressortir l’aspect théâtral. La direction de Facundo Agudin, à la tête de l’Orchestre symphonique du Jura, n’est jamais frivole. Partagée entre les aspirations religieuses exigées par le sujet et l’écriture vocale, ce diable de compositeur ne pouvait pas s’empêcher de déployer ses ineffables mélodies. Ainsi libéré de ces considérations, l’auditeur n’a plus aucune arrière-pensée, la Petite messe solennelle est l’oeuvre d’un maître sûr de ses moyens.

La section chorale, très belles voix d’hommes, a tout l’éclat et la vaillance nécessaire à cette exécution. Le quatuor de solistes, particulièrement homogène, à l’écoute l’un de l’autre, atteint une grande élévation. Le «Quoniam» de Rubén Amoretti, basse, le «Domine Jesu» du ténor Andras Scheidegger sont impressionnants. On n’oubliera pas le «O salutaris hostie» de la soprano Svetlana Ignatovitch, ni le ton suppliant de Tanja Ariane Baumgartner, mezzo, dans l’«Agnus Dei».

Finalement l’ambiguïté entre les aspirations religieuses exigées par le sujet et l’écriture brillante de Rossini est fascinante. L’équilibre entre piété et couleurs est-il impossible à trouver? Facundo Agudin et ses partenaires y sont parvenus.

La musique sacrée de Rossini samedi soir à Saint-Aubin

DF/ L’Express, le 07.12.09

Samedi soir, au temple de Saint-Aubin, le choeur Lyrica de Neuchâtel a interprété la «Petite Messe solennelle» de Gioacchino Rossini. Cette oeuvre, écrite en 1863, souvent considérée comme le testament musical du compositeur, surprend par sa modernité et son audace.

Bien que fidèle à la structure du commun de la messe, Rossini ajoute à la forme sacrée des éléments de langage empruntés aussi bien à l’opéra, à la musique ancienne qu’à l’oratorio. Le mélange des genres, indiscutablement réussi, rend cette petite messe attachante et ô combien séduisante.

Facundo Agudín dirige avec précision et sobriété la trentaine de chanteurs, accompagnés par un quatuor de solistes et par deux instrumentistes, Birgit Frenk au piano et Ariane Franceschi à l’accordéon; l’accordéon dont le timbre évoque l’harmonium autant que le grand orgue lorsque les nuances s’intensifient.

Sur fond d’ostinato rythmique, la Messe s’ouvre sur un inquiétant Kyrie chanté avec ferveur par le chœur. Le Gloria laisse place ensuite aux solistes: la puissance des voix masculines (Ruben Amoretti, Martin Hostettler) répond à la lumière des voix de soprano et d’alto (Laurence Guillod, Patrizia Häusermann) qui, tour à tour, délivrent des mélodies chaleureuses aux contours colorés. Le retour de l’ensemble vocal révèle de beaux effets d’ensemble, des tutti généreux, en particulier dans le Credo et dans le Sanctus. Les voix unifiées portent bien le texte, en soulignent l’expression sacrée. Des lignes éclatantes jaillissent dans une atmosphère qui balance entre la joie et le drame.

Au final, une interprétation de qualité, avec le souci constant de respecter la singularité de cette œuvre originale. Le chœur donnera demain à 20h un dernier concert à la chapelle de Couvet.