Et si le tango n’était pas que…

DDC / l’Express, Février 2009


On pourrait dire qu’assister à un concert de l’Orchestre symphonique du Jura (OSJ), dirigé par Facundo Agudin, est une clé suffisante pour comprendre le ressort interne, la chaleur émotionnelle d’une œuvre, tant la ferveur et l’enthousiasme qui animent le chef et les musiciens est convaincante. Il convient cependant de s’arrêter plus particulièrement sur la Misa Tango de Luis Bacalov, compositeur de musiques de films capable de nouer des fils entre tous les genres. La Misa Tango a ému le nombreux public présent dimanche dernier au temple du Bas, à Neuchâtel.

Etrange rencontre que celle du tango et des textes de la messe. Une rencontre si improbable qu’elle en est fascinante. A peine commence-t-on à écouter le Kyrie («Seigneur, prends pitié») qu’on se sent pris à témoin. De l’atmosphère ensoleillée dispensée par l’orchestre et les choristes s’élève tout à coup, comme une supplication, le chant du bandonéon. Impressionnant. José Luis Betancor détient de la tradition un savoir-faire musical qui fait de lui un virtuose. Puis le Gloria, suivi d’un Credo très court, s’éclatera dans les rythmes multiples du Rio de la Plata et dans les voix de Ruben Amoretti, baryton-basse, et Amaya Dominguez mezzo soprano, l’un et l’autre capables de toutes les émotions.

Sanctus, Agnus, Luis Bacalov marie prodigieusement les sonorités orchestrales et vocales. Les choristes homogènes – Ensemble vocal de Villars-sur-Glâne, Opus chœur de chambre et Lyrica de Neuchâtel – s’entendent à fondre dans un même esprit le regard intérieur et le plaisir de l’instant musical.

Et saluons la flexibilité des instrumentistes, les cordes superbes de l’OSJ, très à l’aise dans les danses symphoniques de «West Side Story» de Léonard Bernstein. Le «Boléro» de Ravel et plusieurs bis ont clos ce concert haut en instants chaleureux.