Un opéra enlevé avec mæstria

DDC / L’Express

Mojca Vederniak incarne le rôle titre avec ce qu’il faut de présence physique et vocale.
Theo Loosli, chef d’orchestre, et Gino Zamieri, metteur en scène, ont eu cette idée belle et efficace: réunir l’Orchestre symphonique neuchâtelois, le Théâtre populaire romand, le chœur Lyrica, un chœur d’enfants et des solistes autour de «Carmen», opéra de Georges Bizet. Le résultat, mercredi à l’Heure bleue à La Chaux-de-Fonds? Un mervilleux spectacle rendu avec une total mæstria par des interprètes inventifs et fiers de constituer une distribution quasiment neuchâteloise.
Le livret, adapté de la nouvelle de Prosper Mérimée captive par l’intensité de son déroulement dramatique. Si la veru ne triomphe pas, Carmen et Don José paient leur passion, l’une de sa vie, l’autre de sa liberté.
La «habanera» du début dévoile la fatalité que la bohémienne porte en elle. Tout ce que Carmen chante dans les deux premiers actes, sous l’apparnece du charme, est lourd de passion. Tout entier dans ses visions d’amour pour la gitane, le brigadier Don José vit son envoutement. Il se livre à l’ilusion qui marquera sa perte, tandis que le chant, conquérant, du toréador Escamillo, déjà faufile le drame. Et que dire des airs de Micaela, jeune paysanne innocente dans d’autres mises en scène? Gino Zampieri donne à ce personnage la puissance qui lui permettra d’affronter sa rivale.
La musique exalte le texte, lui donne sa profonde vérité. L’orchestration, sa coloration, son pouvoir de caractérisation ont été rendues par l’Orchestre symphonique neuchâtelois, cordes brillante, flûtes, bois et trompettes. La version avec séquences parlées, choisie par Thép Loosli, retient par sa théâtralité, par la transparence ainsi rendue à l’histoire.
Quel plaisir de voir et d’entendre des interprètes aussi crédibles physiquement que convaincants vocalement. De l’étincelant quatuor principal: Carmen (Mojca Vederniak, soprano), Don José (Luca Martin, ténor), Micaela (Brigitte Hool, soprano), Escamillo (Rubén, Amoretti, baryton), jusqu’aux amies de Carmen, (Moniques Volery, Laurence Guillod, sopranos), aux contrebandiers (Tobias Koenig, Alessandro Di  Cesare), aux officiers (Tiago Cordas, Pascal Marti), toute la distribution a été pareillement soignée. On n’oubliera pas l’effervescente «seguidilla» chez Lillas Pastia (François Matile, rôle parlé). On revève la classe du chœur Lyrica, préparé par Steve Muriset, la présence bigarrée du chœur d’enfants, entraîné par Pascale Bardet.
Il fallait céer une scénographie pour refléter les mouvements incessants des nombreux personnages. Luca Antonucci, inventeur d’univers oniriques, a su varier les vues de Séville éclatantes de soleil.